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samedi 11 mai 2024

ESPRIT, ÉTHER, LUMIÈRE, MATIÈRE


Le livre intitulé LE MANTEAU D'ÉLIE: KABBALE & CORPS GLORIEUX (202 pages en petit format) a fait l'objet d'une réédition largement augmentée dans un format plus grand de 294 pages et sous le simple titre de LE MANTEAU D'ÉLIE. Il est accompagné de la première traduction française du petit traité de Rabbi Joseph ben Abraham ibn Gikatilla (1248-1325), intitulé indifféremment Sod haḤashmal סוד החשמל, « Le Secret du Ḥashmal » ou Sefer haḤashmal ספר החשמל, « Le Livre du Ḥashmal ». On peut le commander sur Amazon.

Voici un court extrait de ce livre. Il montre comment la kabbale médiévale espagnole envisage la genèse de la physicalité dans l'Esprit :

samedi 26 mars 2022

SILENCE-PARLANT & LOGOS-PHUSIS

Rafal Olbinski
    Mon ami, les prêtres du temple de Zeus, à Dodone, ont affirmé que c’est d’un chêne que sortirent les premières paroles divinatoires. Les gens de ce temps-là, qui n’étaient pas savants comme vous, jeunes gens, écoutaient fort bien dans leur simplicité un chêne ou une pierre, si le chêne ou la pierre disaient la vérité.
 (Socrate)

jeudi 24 mars 2022

LES INCAS & LA TRADITION PRIMORDIALE

    LE DOMAINE DES PRATIQUES religieuses précolombiennes d’Amérique centrale et du Sud est sans doute celui où l’anarchisme épistémologique des écoles traditionaliste et pérennialiste apparaît avec le plus de clarté. La manière dont les patrimoines des indiens d’Amérique du Nord furent phagocytés et déformés par un personnage tel que Frithjof Schuon est désormais bien connue et je n’y reviendrai donc pas. Je limiterai ici mon propos au seul cadre des cultures andines qui, étant initialement moins documentées que les croyances religieuses mésoaméricaines, permettent toutes sortes d'improvisations. René Guénon a peu écrit sur ces cultures. Ce n'est toutefois pas le cas de ceux qui se réclameront de sa pensée. S’appuyant sur quelques travaux de la mouvance guénonienne, cet article montre la façon dont sont utilisées les données des chroniqueurs du XVIème et du XVIIème siècles pour soutenir la thèse d’une tradition primordiale sous-jacente aux anciennes pratiques du monde andin.

mardi 19 mars 2019

ANTARQUI & LE "VOYAGE CHAMANIQUE"

    Voici une version aymara contemporaine. Antarqui, ou Antarki, est né d'un éclat de Phaxsimama - la Mère Lune - sur les eaux du lac Titicaca. A peine vit-on sa frimousse sortir de l'eau qu'il se mit à nager rapidement vers la rive de Copacabana et l'atteignit sans difficulté. Il aperçut en se retournant l'immensité bleue de la Qota Awicha - la Grand-Mère du Lac - et la beauté encore lointaine de ses îles sacrées. Antarqui explora le paysage en faisant le tour du lac et de ses îles. Cela fut fait en moins de temps qu'il en faut pour le dire et heureux de sa promenade, l'enfant sacré se reposa sous un eucalyptus près de Pilcocaina - le repos de l'oiseau - sur l'Île du Soleil. Il joua un instant avec d'adorables abeilles, celles au petit corps transparent qui construisent leurs alvéoles sous la terre et butinent la fraîche muña. Il goûtait leur miel dont le parfum emplissait l'air et le faisait vibrer lorsque, levant la tête, il avisa une montagne couverte d'un immaculé poncho. Il grimpa au sommet d'où il put découvrir l'ensemble de la cordillère royale. C'était un magnifique terrain de jeu et il passa le reste de la journée à gravir un à un chacun de ces respectables ancêtres. Il parvint à la tombée du jour à la plus haute cime, le Tata Illampu et vit soudain une étoile dans le ciel, un astre aux rais dansants qui était fille de Willka Tata - le Père Soleil. Dans son chuyma - dans son cœur - Antarqui ressentit alors un choc violent et tout son corps s'échauffa, s'échauffa, s'échauffa... Cette nuit-là et depuis cette hauteur sacrée, Antarqui s'éleva sur les airs subtils pour la première fois et rejoignit la belle étoile qui emplissait son cœur.

lundi 20 octobre 2014

SEMÉ EN TERRE


      Autrefois, les personnages importants, les mallkus de la communauté aymara ainsi que leur famille, étaient momifiés et ensevelis en position fœtale. La sépulture variait selon les localités. Le corps était simplement mis en terre ou placé dans une cavité que l'on murait. On pouvait aussi construire un mausolée en forme cubique, ou encore une tour. Les sépultures aymara portent le nom de chullpas. Ce sont des lieux sacrés pour ce peuple gérontocrate, adepte d'une necrolâtrie aux expressions variées, dont la toute première est, bien entendu, le culte des ancêtres. Pour les aymara, les morts ne meurent jamais. Ils changent d'état mais continuent de faire partie de la communauté et d'y intervenir, parfaitement intégrés au pacha, à l'environnement vital et spirituel indigène. La frontière entre leur monde et celui des vivants n'est donc pas un gouffre, elle est beaucoup plus souple que ce que nous autres, occidentaux, pouvons imaginer.

dimanche 18 janvier 2009

LES SCEAUX SONT DES SEMENCES (2)

Semences de clématite

      Lorsque Jan Fries compare les sigils à des semences, quand la plupart des magiciens du chaos utilisent le sperme pour charger un sceau et l'implanter dans le champ des possibles ou le flux quantique, on peut se demander s'il n'y a pas là une réminiscence inconsciente des anciennes conceptions traditionnelles de la matière et du rôle qu'y jouent les logoï spermatikoï.

      Pour les anciens, la matière est un chaos informe et ce sont les logoï spermatikoï, les raisons séminales, qui produisent les êtres, leurs formes et leurs matières spécifiques. Pour qu'un être vienne au monde, il lui faut une semence et une terre. Cette doctrine stoïcienne, basée sur une métaphore agraire et sexuelle, fera les beaux jours du platonisme et sera également diffusée par tous les alchimistes du Moyen-Age et de la Renaissance, de Paracelse à Ficin. Elle n'a rien d'ésotérique et représente tout simplement la conception scientifique de l'époque.

      Par ailleurs, Thomas d'Aquin écrit que « La force active du sperme tire son pouvoir des étoiles ». En se basant sur la Bible, on imaginait alors que la matière des étoiles était spermatique. D'où l'à propos de la métaphore crowleyenne du sperme, qualifié de lait des étoiles. 

      « Il y a dans le sperme un ’spiritus’ et une chaleur analogue à l’élément stellaire » vient confirmer Aristote. On suppose dés cette époque que le sperme contient, dans sa chaleur, un spiritus aux propriétés singulières et célestes.

      A la métaphore agraire de la graine et de la terre vient donc souvent se substituer celle des étoiles et du ciel nocturne. Dieu, tel un phallus, " a inséré en fait ces semences génératrices, générales dans les cieux et dans les étoiles, et particulières dans chacune des choses » écrit Fernel, l'alchimiste et médecin.

      Ce sperme d'en haut dont l'analogie avec le sperme d'en bas est parfaite au point d'y répondre par magie, n'est toutefois pas que la substance émise par le Phallus : « Force procréatrice respirable, diffusée à travers toute la nature, dérive du ciel » (Fernel). Quant au sperme proprement dit, Van Helmont et Sendivogius enseignent que la part de Pneuma (spiritus) qui y est contenue est de 1/8200. Tous deux réaffirment encore qu'il s'agit de la même matière que les corps célestes. Les doctrines spermatophagiques sont sans doute plus mal perçues aujourd'hui qu'elles ne l'étaient autrefois. Car à l'époque, on pouvait consulter la Bible en hébreu, en grec ou en latin, et se rendre compte, mieux qu'aujoud'hui, des éléments doctrinaux sur lesquels se basaient certains gnostiques :

      Suspice caelum et numera stellas, si potes. Et dixit ei : Sic erit semen tuum. (Génèse XV:5). "lève les yeux vers les cieux et compte les étoiles, si tu peux. Et il lui dit : ainsi sera ton sperme". Semen en latin, Sperma en grec, Zera en hébreu, traduit maintenant par génération ou descendance, si bien qu'un lecteur contemporain de la Bible en français ne se rend plus compte qu'on parle du sperme dans ce verset. D'autres passages des Saintes Écritures nous orientent encore vers les étoiles pour nous parler du sperme.

      Benedicam tibi et multiplicabo semen tuum sicut stellas caeli. (Génèse 22.17 ; Hébreux 6.14). "Je te bénirai et multiplierai ton sperme comme les étoiles du ciel".

      Mais il est aussi question de Celui qui sème : Qui seminat bonum semen est Filius hominis. (Mathieu 13.37). "Celui qui sème le bon sperme est le Fils de l'homme", fils de l'homme, évidemment assimilé au saint phallus.

      "Le sperme est le verbe de Dieu" Semen est verbum Dei (Lc. 8.11)

      "Le Verbe du diable fut un sperme pour elle" écrit Tertullien (De carne Christi 17.6), Verbum Diaboli semen illi fuit ; doctrine connue de toute la patristique, que celle des Logoi Spermatikoi.

      Et semini tuo, qui est Christus. "Et à ton sperme, lequel est le Christ" ; donec veniret semen. "Jusqu'à ce que vienne le sperme" (Galates 3.16,19).

      Bonum vero semen, hi sunt filii regni. "Le bon sperme, ce sont les fils du Royaume" (Mt 18.38).

      Etc...

      On comprend mieux pourquoi à une certaine époque, certains gnostiques ont pu envisager le sperme en tant que sacrement. Un Christ-Phallus, qui est aussi semence, source de vie éternelle, cela remonte à fort loin et le Chevalier de Saint Marq n'aura fait que rappeler l'évidence, telle une base tantrique invisible, présente jusque dans les fondements symboliques et les Écritures du judeo-christianisme.

      Les premiers agriculteurs établirent une analogie entre les graines et la procréation, les fruits et la naissance : "béni soit le fruit de ton ventre". Les hommes de l'antiquité et les grecs plus concrètement, comprenaient les choses, c'est-á-dire l'univers tout entier, en termes de génération et de corruption, de vie et de mort (Ecl 15.17; Dt 30.15, Jer 21.8). La question initiale de la philosophie et de la proto-science fut celle de la naissance et de la genèse des choses, et quels étaient les spermes de toutes choses ou semina rerum (Lucrèce, De rerum natura I 59).

      D'après Aristote, les premiers philosophes expliquaient la création de l'Univers de la même façon que la genèse des animaux et des plantes (Sur les parties des animaux 640b). Le phallus est celui qui fait germer et croître la semence dans l'utérus : Dominus faciens et formans te ab utero, (Is. 44.2). "Le Seigneur qui t'a fait et t'a formé depuis l'utérus". Et il est pour cela très intimement lié à la pensée des sociétés néolithiques, avec la germination des plantes, la croissance de la végétation, l'abondance des récoltes et la subsistance du groupe.

      Les métaphores agraires, très nombreuses dans la Brit 'Hadasha, le Nouveau Testament, peuvent être vues sous cette appréciation. Et comme cette croissance de la nature dépend complètement du Soleil (outre le rôle de la pluie, perçue elle aussi comme un sperme), chose que l'on observe à simple vue sans avoir besoin de connaître le processus chimique de la photosynthèse, l'énergie solaire était directement assimilée à la puissance, au phallus. La première génération des hommes fut le fait du Soleil affirme Diogène Laërce (Vies, 9.22) et les premiers hommes naquirent par la seule intervention du Feu divin (SVF I 124).

      Même en plein XVIIème siècle, Harvey écrivait dans son De generatione animalium que le soleil est l'instrument immédiat et universel du Créateur Suprême pour la génération. Créateur Suprême pour la génération, autrement dit, le Phallus, Père Universel de la Vie.


Sources :

- L'Eucharistie par le Chevalier Le Clément de Saint Marq.
- Le site, en espagnol, Falocristo.
- La spermatophagie dans le contexte tibétain.
- L'excellent travail universitaire du Professeur Hiro Hirai, Le concept de semence dans les théories de la matière á la Renaissance : de Marsile Ficin à Pierre Gassendi, éd. Brepols.
Frater Humectatio Luminis

mercredi 7 janvier 2009

PATRIE ORIGINELLE


Il n'y a pas de patrie originelle dont nous sommes exilés, il y a un besoin d'être exilé de soi qui est plus originel que la soi disant patrie originelle. 
Mounir Hafez

mercredi 28 mai 2008

BALDAQUIN DES LETTRES


(...) Archétype du feu, le SHIN (300) indique graphiquement le ternaire et reprend donc ce que symbolisent le GUIMEL (3) et le lamed (30), à différents niveaux. Les trois lettres ensemble forment le mot SHAGAL (333) - lamed-guimel-shin - qui signifie cohabiter, vivre ensemble, au sens de former un couple. Étant donné que GAL - lamed-guimel - est la vague et que SHEL - lamed-shin - indique l'appartenance, de, on peut pressentir dans la langue hébraïque qu'aimer, s'accoupler au sens mystique, signifie participer à la vague, contribuer au mouvement cosmique, s'unir pour toucher l'énergie primordiale. De tous les noms que la Bible donne à l'homme, le plus pertinent, au regard de ce processus d'échange et de fusion d'énergie, est celui de ISH, qui apparaît pour la première fois dans Génèse II:23 : "Adam dit alors : celle-ci est maintenant os de mes os et chair de ma chair ; on l'appellera femelle (ISHA - he-shin-aleph) parce que de l'homme (ISH - shin-iod-aleph) elle fut prise". Pour respecter l'atmosphère qu'il dégage dans l'esprit des Ecritures, le mot femelle, ISHA, devrait plutôt être rendu par Hommesse.

La cohabitation, le fait d'habiter ensemble ne vise pas uniquement la reproduction, mais aussi un retour à l'état androgyne des commencements du monde, lequel état semble tellement lié au langage - puisque Ève apparaît dés lors qu'Adam ne peut " se nommer lui-même " - et au monde des images et des reflets. Héliodore, un oniromancien de grande réputation dans l'antiquité disait que "Lorsqu'un homme rêve d'un miroir cela signifie femme. Et lorsqu'une femme rêve d'un miroir c'est qu'il s'agit d'un homme". Pour la kabbale, cette relation spéculaire est soulignée par la racine ignée dont participent aussi bien le mâle que la femelle. En effet, le SHIN enseigne que le feu, ESH, shin-aleph, attirant les sexes l'un vers l'autre, est dûment équilibré par le IOD et le HE, lettres qui, selon le ZOHAR sont "le père et la mère". HE est dans ISHA et IOD est dans ISH. Or, de l'union de ces deux lettres (10 + 5 = 15 ; 1 + 5 = 6 ) naît le VAV (6) qui est logiquement "le fils", troisième lettre du Nom Ineffable. C'est en vue de signifier l'action de ce feu que SARAI et ABRAM changent de nom pour devenir SARA et ABRAHAM, par le jeu du IOD et du HE. Ce qui est remarquable, c'est que l'Ecriture est tellement imprégnée de ce mystère qu'elle l'applique aussi à la relation singulière de David et Jonathan. Pour ces deux-là, la Bible n'aurait pas utilisé le mot AHAVA (amour) si elle n'avait pas voulu signaler que leur pacte était de même nature, par exemple, que le lien entre YACOB et RACHEL. A ce titre les commentaires de Hayim Yossef David Azoulai, l'un des grands kabbalistes du XVIIIème siècle, ont quelque chose d'unique. Ils expliquent comment un IOD est ajouté au nom de DAVID et un HE au nom de JONATHAN. On retrouve ici les deux lettres sexuantes par lesquelles furent changés les noms de SARAI et ABRAM. Pour quelle raison ? "Elles sont équivalentes aux deux lettres qui se trouvent dans la désignation de l'homme et de la femme. Chez ces deux viennent la virilité et la féminité, ce qui donne une dimension plus grande à leur relation" (Roch David, HYDA). David et Jonathan s'aiment. Un Grand Troisième les unit. Entre les deux, les Ecritures reconnaîssent une alliance : "Jonathan fit un pacte avec David, car il l'aimait" (1 Samuel XVIII:1). Et ensuite vient cette erreur de traduction, ou plutôt cette manipulation qui occulte le texte : lorsque David se marie avec la soeur de Jonathan, le père de Jonathan ne lui dit pas : "Pour la seconde fois je vais te donner l'occasion d'être mon gendre" mais : "Tu seras mon gendre pour la seconde fois". La premère fois, c'était grace au pacte conclu avec JONATHAN : "L'âme de JONATHAN s'attacha à celle de DAVID et JONATHAN l'aima comme lui-même" (XVIII:1). "Au nom de D° nous nous sommes juré l'un à l'autre, qu'Il sera entre nous" (1 Samuel XX : 42). (...)

HE est dans ISHA et IOD est dans ISH. Mais ISH, et dans ce cas ISHA, est également le nom de la créature mystérieuse qui lutte contre JACOB, le blesse au talon et finalement change le nom de JACOB pour celui d'ISRAEL. Le SHIN placé entre le IOD et le ALEPH fait-il allusion à l'état angélique dont tout homme et toute femme participe ? Au fragment 46 du BAHIR il est écrit : "Son "grand feu" est sur toute la terre. Il engendre une voix". Il s'agit bien sûr du 'HASHMAL, qui est le feu du silence parlant. Le kabbaliste déduit de ce passage du BAHIR que toute voix vient du ciel, ainsi qu'il est dit : "Depuis le haut des cieux il t'a fait entendre sa voix pour t'instruire, et sur la terre il t'a fait voir un grand feu, et ses paroles, tu les as entendues au milieu du feu" (Deut. IV:36). Le rapport de la langue et du feu réapparaît plus tard avec la venue de l'Esprit, dans les Actes des Apôtres II : 32 : "Et des langues de feu leur apparurent..." Ainsi s'établit le rapport du feu et de l'esprit au travers du langage, qui, comme mentionné au début de nos études sur les lettres, lie les chromosomes par moitié semblable, ainsi que l'homme et la femme.

L'échange d'énergie entre les sexes, dynamisé par le SHIN, se transforme par médiation du principe venant du RESH en un chant ou cantique d'amour : SHIR. De la tête, ROSH, shin-aleph-resh, aux pieds, REGUEL, lamed, guimel-resh, la vague, GAL, lamed-guimel, éveille le feu sous-jacent à l'esprit, cet ESH, shin-aleph, qui anime et active chacun de nos humides neurones.

Aucune intelligence SECHEL, lamed-kaph-shin n'atteint le Tout, COL, lamed-kaph, sans ce contact de l'autre. Il est nécessaire qu'ait lieu la transfusion, le croisement, SICHEL, lamed-kaph-shin d'un être à l'autre, de sorte que le miracle du il y a, IESH, shin-iod - par un effet de miroir - se produise, tel un cadeau, SHAI, iod-shin. Car telle est la contribution du point originel tournant à l'intérieur de nos têtes, comme une particule sur le point d'accoucher d'une étoile.

Parvenu au climax, à la hauteur la plus folle de l'orgasme, retour à l'instant primordial qui a vu la décision de créer l'être humain, on retrouve l'indétermination androgynale qui convertit l'homme, ISH, shin-iod-aleph en SI, aleph-iod-shin, qui s'écrit exactement en sens inverse et signifie l'orgasme de l'union.(...) La compréhension de cet érotisme apparut dans la kabbale à l'époque du Zohar, c'est-à-dire en Espagne et dés le XIème siècle. Mais il était présent de longue date dans la langue hébraïque. Un concept tel que celui du couple, ZUG, guimel-vav-zain, évolue du Talmud à la Kabbale pour se convertir en ZIVUG, guimel-vav-vav-zain, ou accouplement céleste et mystique au moyen duquel, dit-on, les âmes des couples sont choisies et sexuées par D° quelques quarante jours avant la naissance. Ce concept montre une sensibilité à la structure binaire et miraculeuse du langage, manifestée tout d'abord par le ZAIN qui, en hébreu moderne, a une nette connotation sexuelle et révolutionnaire - en hébreu argotique de Jérusalem, ZAIN est une désignation vulgaire du sexe masculin, la queue - et ensuite par le VAV qui, paraissant deux fois, dénote précisément cette dualité - copulative et conversive à la fois - et sa transcendance dans l'acte amoureux.

Une fois de plus je parle du langage et de l'union. C'est que, privés de leur terre, éloignés et continuellement vilipendés, où les juifs pouvaient-ils se libérer de leur charge érotique si ce n'est dans la fantaisie biblique, dans le délire interprétatif, dans la LASHON HAKODESH ou langue sacrée ? Il suffit d'un simple détail guématrique pour s'en convaincre, puisque la valeur numérique de l'accouplement est, ZIVUG = 7+6+6+3 = 22, qui comme chacun sait est le nombre de lettres composant l'alphabet hébraïque. De là l'intuition que si l'union est véritable, si elle touche la zone véritablement profonde du Soi, elle peut permettre d'accéder, par des circonstances passagères, au monde de la Création continue. En assemblant une autre fois la totalité des symboles de l'alphabet, le couple découvre, entre hurlements et soupirs, dans les silences d'une éloquente obscurité, la vibration des syllabes primordiales, le battement intra-utérin d'un cosmos sur le point de s'ordonner, la naissance de nouveaux équateurs et de pôles changés. C'est alors que chaque corps révèle son sens dans l'autre et qu'ensemble ils tissent, dans le baldaquin des lettres, moitié à moitié (11+11), des créatures encore vierges de visage, des segments d'autres vies. Dans toute jouissance, il y a quelque chose de la Genèse et de l'Apocalypse, raison pour laquelle, quand arrive le vendredi et que la lune est pleine, les amants initient de nouveau leur fabuleux rite verbal. Mais le vendredi peut être n'importe quel jour, si au vendredi l'on est déjà parvenu, si la langue quotidienne se tend, telle la corde d'un instrument double et magnifique. Alors sonne la musique des sphères.

(...) Comment les juifs pouvaient-ils oublier qu'Adam faisant l'amour avec Eve, il la connut YADA également ? A l'instar du monde juif, l'alliance de l'amour et de la connaissance était tout autant célébrée dans les temples méridionaux des dévôts d'Astarte et de Cybèle. Dans ces temples, les hiérodules ou prostituées sacrées enseignaient aux néophytes les arts de l'amour. Et cette fonction fut signifiée dans la Bible sous l'épithète de KEDESHA, qui veut dire "femme publique". De tels antécédents expliqueraient le rapport de Shabtai Zvi et de Sara, au XVIIème siècle, et les "excès" auxquels se livrèrent les franckistes au plus fort de leur gloire. L'amour est toujours ce dangereux pendule excédant son propre mouvement, là où le sexe MIN, noun-iod-mem, peut devenir sommeil NIM, meme-iod-noun. Encore une fois Nuit et Jour dansent l'alternance de leurs fonctions, la tragédie merveilleuse et horrible de leur alliance instantanée et de leur éphémère identité.

(...) Être avec quelqu'un, dans quelqu'un, ensemble ETZEL, lamed-tsade-aleph, sous la gouverne du Aleph phosphorescent, c'est devenir ombre, pénétrer la projection de nos limites dans l'espace et l'illuminer, se l'approprier par l'effet de l'orgasme. ETZEL est aussi présent dans le mot ATZILUTH, qui est Ombre de Tout. TZEL, lamed-tsade ou l'ombre, n'est donc pas conséquence de la lumière, mais support d'icelle.

(...) Traditionnellement c'est la femme qui garde, impassible et humide comme son ovule intérieur. L'homme, en revanche, lance ses flèches sans nombre vers une cible microscopique dont il ne sait rien par son corps, ignorant sa structure. Ici, l'homme est visible ; là, la femme est inatteignable. De la semence ou ZERA, ayin-resh-zain, au voyage vers l'ovule ou BEITZA, he-tsade-iod-bet, la valeur numérique du premier est réductible à 7, dont l'équivalent alphabétique est le ZAIN, la valeur numérique du second est réductible à 8, dont la correspondance dans l'alphabet est HETH. En se touchant dans la fécondation, les deux créent le mot ZAH, heth-zain, qui veut dire se mouvoir. N'est-ce point par ce mouvement premier que commence la danse du monde, lorsque la nôtre cesse, extraordinaire primum mobile qui, d'Aristote aux inventeurs de la Renaissance, est alternativement mythe et parabole, question continuelle et réponse insoluble ?

(...) Cependant, chez les kabbalistes, juifs ou chrétiens, les unions tendent toujours vers la transcendance et la sublimation de la relation. ISH a en commun avec ISHA les lettres ALEPH et SHIN. Ajouté à cette racine, le IOD fait l'homme et le HE fait la femme. Si nous additionnons les valeurs numériques de ISH et de ISHA, nous obtenons le nombre 14, qui, en lettres, est YAD, daleth-iod, dont le sens veut dire main, mais que l'on retrouve dans YADA, l'acte de connaissance qui lie Adam et Eve. C'est toujours la main qu'on touche en premier, toujours la main qu'on donne ou qu'on demande afin de vivre ensemble et de former le couple.

[Extraits du Cursillo de Kábala, Centro de Estudios Hierosóficos, Córdoba, 1982]

samedi 13 octobre 2007

LA PARABOLE DU SEMEUR



    L'Évangile de Thomas annonce qu'ils se tiennent au bord du puits mais n'y descendent pas (log 74). Les purs qu'un trop grand zèle pousserait plus loin qu'eux ne peuvent pas passer, car ils montent la garde et bloquent le passage. Ils confisquent la clé de la Gnose (τὴν κλεῖδα τῆς γνώσεως, Tho 39, Lc 11.52, Ro 10.2,3). Ils sont semblables au chien couché dans la mangeoire des bœufs (log 102) et qui empêche quiconque d'approcher.

    De crainte qu'apparaisse la nudité où ils se trouvent, ils ostracisent la lumière quand elle leur fait de l'ombre.

    Aucun profane ne peut souiller le temple à ce point-là, en interdire l'accès, s'interposer entre le puits et la foule, charmée par le mirage de leurs discours faciles.

    À travers tous ces exemples, l'Évangile de Thomas montre qu'il ne parle pas de profanes, mais de gnostiques d'apparat, d'initiés posturaux.

    C'est une méprise d'imaginer que la clé de la Gnose existe pour interdire le Secret au peuple.

    Au cœur ardent, fût-il de tout ignorant, au contraire il se donne, dans "un amour qui excède toute Gnose" (Eph 3:19).

    Aux bouffons du paraître il se refuse, obs­tiné, silencieux.

    Élitiste à l'envers, le Secret se dresse contre les initiés plutôt que les "pe­tits", à qui la porte toujours sera ouverte.

    Il suffit de frapper mais...

    Ils se tiennent là, devant le puits, créant l'écran d'opaque fumée qui interdit de voir l'entrée. C'est un écran fascinant et plein de mille couleurs arrogantes, de partages faux.

    Même exposé en pleine lumière le Secret n'est pas vu, tant il se trouve noyé par ces leurres : “Il est ici”, “il est là”...(Mt 24:23)

(LA PARABOLE DU SEMEUR, J-L Colnot, extrait de la conclusion, p. 117-118)

lundi 24 septembre 2007

TUNIQUE DE NUIT



J'ai reçu la tunique du Centaure
Trempée dans le Vin magique
Elle me brûle, elle me consume
Jusqu'à la transparence
Jusqu'à la diaphanéïté
Dis-moi que vois-tu à travers
Sinon son seul Visage ?

J'ai revêtu la tunique de Nessus

La tunique de Nescience
Plongée dans le Vin de l'Amour
Elle me brûle, elle me consume
Jusqu'à l'anéantissement
Dis-moi que vois-tu au travers
Sinon Lui-Même ?

Es-tu celui si longtemps attendu
Et qui installe au creux feutré du Sang
Ce merveilleux Cancer dont on ne veut guérir ?
Ce poison dévorant, cet élixir de grâce
Qui a pour signe un sourire de Toi




[Poème extrait de "Elucidation et Universalité du Graal d'Eschenbach",
Editions PIERANN, 2000. Reproduit avec la permission de l'auteur.]
Illustation : Louis Cattiaux, Vierge Noire.